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Soudan du Sud : un cessez-le-feu imaginaire

Les premiers observateurs africains de l'Igad, l'Autorité intergouvernementale pour le développement, sont arrivés au Soudan du Sud. Leur mission est de vérifier si le cessez-le-feu est bien appliqué entre les rebelles et le gouvernement.

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Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir (Crédits: Wikimedia Commons)

Ils sont arrivés ce weekend et leur mission devrait s’avérer longue et surtout compliquée. Les observateurs africains de l’Igad sont au Soudan du Sud pour vérifier l’application du cessez-le-feu entre les troupes rebelles de Riek Machar, l’ancien vice-président et les troupes gouvernementales qui soutiennent l’actuel chef de l’Etat Salva Kiir. Les observateurs devront également faire le point sur la situation qui prévaut sur tout le territoire car pour le moment la confusion règne toujours, surtout du côté de la ville de Bor, là où les combats ont été les plus violents. Sur le terrain malgré la signature du cessez-le-feu on est encore très loin du calme. Dimanche, de nouveaux affrontements ont eu lieu entre rebelles et armée au niveau de Leer, la ville natale de Riek Machar. Si les troupes gouvernementales affirment avoir repris la zone, les pro-Machar, eux, affirment avoir quitté la ville uniquement pour éviter un bain de sang et protéger le population. Immédiatement après l’arrivée des troupes gouvernementales à Leer, les rebelles ont accusé le président du Soudan du Sud d’avoir organisé une expédition punitive et d’avoir détruit la ville.

Aucune issue crédible n’est pour le moment envisagée

La tension continue à monter, à peine 15 jours après la signature d’un accord. Aucune des deux parties ne semble en réalité prête à faire des concessions et les victimes continuent de s’accumuler des deux côtés. Plus de 10.000 morts ont été recensés et il semblerait que le bilan risque de s’alourdir dans les prochaines semaines si aucune solution n’est trouvée. Un demi-million de sud-soudanais ont dû quitter les zones de combats et la situation humanitaire se détériore de façon inquiétante. Alors que le président Salva Kiir a accusé son ancien vice-président Riek Machar d’avoir tenté de le renverser, dans les faits on est loin d’un scénario si simpliste. L’actuel chef de l’Etat a, selon certains observateurs, voulu écarter tous les opposants qui auraient pu lui faire de l’ombre lors des élections prévues l’année prochaine. Alors que le bilan de Salva Kiir est pour le moment très critiqué, la possibilité de voir l’opposition faire une percée l’a, semble t’il, poussé à prendre les devants. Le rapprochement avec Khartoum et les concessions faites par le pouvoir sud-soudanais au Soudan voisin concernant le pétrole et sa taxation auraient pu également peser lourd dans le scrutin qui, avant la dégradation de la situation, était loin d’être joué d’avance.

Pour le moment si les combats ont perdu en intensité, il n’en reste pas moins que le cessez-le-feu est loin d’être acquis malgré les promesses des deux camps. Les pourparlers devraient en principe reprendre le 7 février prochain. Après des décennies de guerre civile qui ont mené à l’indépendance du pays, le Soudan du Sud se retrouve à nouveau déchiré dans un conflit dont personne ne connait l’issue.

Lotfi Lounes

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