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Migrants en Méditerranée : l’Union européenne au secours de l’Italie

Après presque une année de demandes de la part de l’Italie, l’Union européenne a décidé de venir en aide au pays qui rencontre des difficultés face à l’afflux de migrants venu de l’autre rive de la Méditerranée.

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(Crédits: Wikimedia Commons)

Une année, c’est le temps qu’il aura presque fallu pour que l’Union européenne décide de venir en aide à l’Italie qui doit affronter depuis le début de l’année une arrivée massive de migrants venus d’Afrique mais également du Proche-Orient. L’opération « Frontex Plus » telle qu’elle est baptisée devrait en principe permettre de relayer la mission « Mare Nostrum » qui est en place depuis la fin de l’année 2013 et dont le coût est assumé par Rome. Il aura fallu que l’Italie menace de laisser tomber ses missions de sauvetages pour que Bruxelles se décide à intervenir. Néanmoins cette intervention est conditionnée à la bonne volonté des Etats membres, notamment en terme de participation financière.

Jusqu’à maintenant c’était l’Italie qui s’occupait seule de l’opération qui a pris une envergure jamais égalée et qui est destinée à repêcher tous les migrants repérés au large des côtes du pays et qui bien souvent risquent leur vie pour atteindre l’Europe. Beaucoup sont libyens et tentent de gagner le continent par la porte de Lampedusa, d’autres sont syriens et fuient la guerre civile, certains sont soudanais, érythréens ou éthiopiens et cherchent de meilleures conditions de vies, pourtant pas toujours présentes une fois en Europe. Depuis le début de l’année le nombre de migrants repêchés au large ne cesse d’augmenter. Personne n’avait prévu qu’autant de personnes étaient candidates à l’immigration.

Si il s’agit d’une augmentation mécanique due en partie à la situation dégradée dans les pays d’origines dans migrants, le chiffre est aussi en hausse en raison d’une plus grande capacité de repérage et d’action de la part de la marine italienne. Sur un an, la hausse atteint plus de 1.000% ! Il n’y a pas un jour sans que les gardes côtés soient dépêchés pour venir en aide aux clandestins. Si cette action de la part de l’Italie permet de sauver de nombreuses vies, il n’en reste pas moins que parfois des drames surviennent encore. Plus de 55.000 personnes ont été recueillies depuis le début de l’année, loin, très loin des estimations qui avaient été faites au début de la mise en place de Mare Nostrum. Les prévisions faisaient état de 30.000 personnes au maximum sur un an, à ce rythme les 120.000 devraient être dépassées.

Le ras le bol de l’Italie face à l’Union européenne

Mais si cette opération permet de sauver des vies, les autorités italiennes ont exprimé très rapidement leur ras le bol. Le ministre italien de l’Intérieur, Angelino Alfano avait jeté récemment un pavé dans la mare. Las de voir débarquer chaque jour des centaines de migrants il a menacé de laisser partir d’Italie, tous les demandeurs d’asile si l’Union européenne n’aidait pas Rome à gérer une situation devenue clairement intenable. D’autant que les missions de repérage et de sauvetage, organisées sous le terme de Mare Nostrum, sont depuis le départ uniquement à la charge de l’Italie ce qui commence à peser sur ses finances. Dans les faits, malgré les déclarations du ministre qui font croire que l’Italie maitrise les choses une fois les migrants sur son territoire, ce n’est pas réellement le cas. Si au départ le pays souhaitait maitriser les flux, il est désormais impuissant devant le nombre de migrants.

L’année dernière plusieurs centaines de personnes ont péri dans les eaux de la mer et Lampedusa est devenue ces derniers mois, un endroit où il est très difficile de vivre pour les migrants. Campements insalubres, mauvais traitements infligés dont l’Union européenne à parfaitement connaissance pour les avoir déjà condamnés, et pourtant rien n’a changé, bien au contraire. Du côté des pays africains d’où vient la majeure partie des clandestins, les politiques de lutte contre le phénomène ne fonctionnent pas et les autorités sont souvent impuissantes face à la volonté de partir de certains migrants. Ces deux dernières décennies, au moins 20.000 immigrés sont morts noyés.

Alors que malgré la décision de l’Union Européenne, l’Afrique et Bruxelles se renvoient la responsabilité de l’immigration en Méditerranée, l’Italie pourrait bien mettre officiellement à exécution sa menace de laisser partir tous les migrants et d’arrêter les sauvetages si Frontex Plus n’est pas mis en place rapidement. Une action qui accentuerait alors encore l’arrivée de nouveaux candidats à l’immigration persuadés que le vieux continent à mieux à offrir que leur pays. Un leurre qui fait chaque année au moins 1.000 victimes.

Lotfi Lounes

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