Home Politique Libye : démission du 1er ministre, le pays ingouvernable

Libye : démission du 1er ministre, le pays ingouvernable

Nouveau coup de théâtre en Libye. Nommé il y a moins d'une semaine, le nouveau Premier ministre Abdallah al-Theni a annoncé sa démission. Un départ fracassant motivé selon lui par une attaque dont il aurait été la cible.

244
0
SHARE
Vue sur la ville de Tripoli (Crédits: Wikimedia Commons/ Bryn Jones)

5 jours, pas plus, pas moins ! C’est le temps durant lequel le Premier ministre libyen, Abdallah al-Theni sera resté en poste. C’est par le biais d’un communiqué qu’il a annoncé son départ, prenant de court la majeure partie du monde politique et plongeant un peu plus le pays dans le chaos. Son départ est motivé par une attaque armée dont il aurait été victime samedi soir. Le désormais ancien Premier ministre, qui a également affirmé que sa famille avait été visée, a décidé dans la foulée de rejeter sa confirmation par le Parlement en tant que chef du gouvernement. Même si il a promis de rester à la tête de l’exécutif pour gérer les affaires courantes jusqu’à la désignation d’un remplaçant, il n’en reste pas moins que ce départ représente un nouveau coup dur pour le pays qui était parvenu très difficilement à se débarrasser de l’ancien chef de gouvernement Ali Zeidan. Dans son communiqué, Abdallah al-Theni a également affirmé « Je n’accepte pas que des libyens s’entre-tuent à cause de poste », une phrase qui en dit long sur l’état d’esprit actuel qui règne dans le pays et sur les motivations réelles des groupes politiques faisant pression pour la nomination d’un candidat issu de leurs rangs. Alors que désormais plus aucun gouvernement ne dirige le pays, il semble peu probable que le Premier ministre ne nomme pas au moins quelques personnes pour au moins assurer l’intérim.

Une situation devenue intenable

Le départ du chef du gouvernement intervient alors qu’en seulement quelques jours il était pourtant parvenu à établir des avancées réelles concernant le dossier du blocage des ports pétroliers. Si son prédécesseur avait déjà entamé des discussions avec les rebelles qui avaient fait main basse sur les zones concernées, il n’en reste pas moins que c’est par le biais d’al-Theni que les choses ont pu avancer et qu’un accord a été signé. Preuve de cette avancée qui n’est pas restée lettre morte, c’est que 48h à peine après la signature, deux des principaux ports du pays ont pu être rouverts. Une bonne nouvelle pour la Libye et surtout pour l’économie qui a perdu pas moins de 14 milliards de dollars depuis juillet dernier, date des premiers blocages. Mais la démission du Premier ministre pour cause d’attaque est aussi révélatrice de la situation sécuritaire et de la violence qui gangrène le pays. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, il y a trois ans, le désarmement des milices du pays est rendu quasiment impossible en raison d’une volonté de chacune d’elles de faire la loi sur ce qu’elles considèrent comme étant leur terrain. Face à ces réactions de rejet de l’autorité centrale représentée par Tripoli, les différents gouvernements successifs se sont cassés les dents et ne sont jamais parvenu à faire avancer les choses et entamer un désarmement pourtant nécessaire pour restaurer la paix civile. Dans le même temps des groupes de l’est du pays poursuivent leurs tentatives de déstabilisation avec en ligne de mire l’espoir qu’un jour la Cyrénaïque puisse devenir, si ce n’est indépendante, au moins autonome. Pendant ce temps, les libyens connaissent de plus en plus de difficultés dans la vie quotidienne et le chômage a explosé. L’instabilité a aussi des conséquences sur les investisseurs étrangers qui refusent de miser sur la Libye jugée beaucoup trop instable.

Face au constat d’échec que constitue la démission du chef du gouvernement, la situation est de nouveau bloquée. Reste à savoir désormais si la classe politique parviendra à trouver un consensus pour la prochaine direction du pays. Aujourd’hui, rien n’est moins sûr.

Lotfi Lounes

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here