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L’Algérie hantée par ses hydrocarbures

A l'heure où les énergies fossiles se raréfient et où les énergies renouvelables deviennent des alternatives inespérées pour un développement économique durable, l'Algérie poursuit sa folle course vers l'exploration des hydrocarbures, une frénésie qui dure maintenant depuis plus de 40 ans.

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(Crédits: Wikimedia Commons)

L’Algérie s’est exclusivement construite depuis son indépendance autour d’un modèle de développement basé sur l’exploitation de ressources naturelles (gaz et pétrole) qui inéluctablement disparaîtront un jour ou l’autre. Un modèle rentier, générateur certes d’importantes devises quand le prix de ces matières premières s’envole mais qui se révèle très vulnérable aux retournements du marché comme ce fut le cas en 1986 lors de la baisse sensible des prix du pétrole, événement qui contribua fortement à la dégradation de la situation économique et sociale du pays. L’exploitation des hydrocarbures fut et demeure à ce jour le plus bel atout de l’Algérie comme sa plus grande faiblesse, une logique de «quitte ou double économique» avec laquelle les autorités successives ont trouvé bon de ne pas trop s’éloigner. Aujourd’hui grâce à ses hydrocarbures, l’État algérien est riche, très riche même, il figure dans le top 15 des pays détenant les plus grandes réserves de change avec plus 200 milliards de dollars. Une opulence financière qui fait jalouser de nombreux pays dans un contexte économique international morose, marqué notamment par une croissance en berne dans la zone euro. Mais cette richesse est trompeuse et bien éphémère même si les autorités algériennes ne cessent d’affirmer que l’Algérie est hors de danger grâce à son matelas financier. Ne dit-on pas pourtant que le danger arrive souvent quand on s’y attend le moins ? Cette expression rappelle que même en économie, la prudence doit toujours rester de mise. Une philosophie que ne semblent pas partager les dirigeants du pays.

Une diversification économique qui peine à voir le jour

«L’Algérie va bien» affirmait, il y a encore quelques jours, le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, s’ajoutant ainsi à la longue liste des dirigeants algériens désormais habitués aux discours laudatifs envers la politique du président Bouteflika. Une voix discordante au sein de l’équipe gouvernementale aurait été certes surprenante. Bien sûr, le satisfecit est de mise, le bilan du président doit être défendu corps et âme et les arguments pour y parvenir ne manquent guère à première vue. A l’arrivée de Bouteflika à la tête du pays en 1999, l’Algérie était endettée, mais elle ne l’est désormais plus. Et grâce à qui ? Au président, rétorqueront ses fidèles alliés avant d’évoquer brièvement l’aide précieuse de ces pétrodollars sans véritablement les nommer. Fort de cette nouvelle et inattendue aisance financière, l’État a mis en place, un plan de construction d’infrastructures sans précédent. Une politique qui sur le papier ne peut être critiquée, le pays étant dans l’obligation de rattraper un retard de développement accumulé durant la décennie noire. Mais la persistance de la corruption ou encore les lenteurs administratives ont provoqué de lourdes pertes financières pour le pays. Peu importe, l’argent s’accumule de façon inexorable dans les caisses de l’Algérie grâce à ces très chers barils de pétrole et de gaz. Alors, on explore encore, on découvre, et on s’en réjouit, du moins au sommet de l’État, et cela malgré les affaires de corruption qui ont éclaboussé la très opaque Sonatrach. «L’Algérie produira du pétrole de longues années encore» déclarait en mars 2013 le ministre des Mines Youcef Yousfi. Une nouvelle, qui est loin de changer le quotidien de nombreux Algériens préoccupés à vivre si n’est à survivre pour les plus précarisés d’entre-eux. La diversification économique elle, condition sine qua none pour offrir un travail à chaque Algérien, n’est pour l’instant restée qu’au stade des vœux pieux.

Alors que des investissements massifs peuvent et doivent être consentis dans les technologies de télécommunications, dans la recherche, dans l’innovation, ces secteurs peinent à sortir de leur léthargie malgré les capacités financières du pays. L’État cherche officiellement à favoriser l’émergence d’une croissance économique durable sans pour autant mettre en adéquation paroles et actes.

Malik Acher

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