Home International Archevêque et imam de Bangui ensemble pour désamorcer les tensions interreligieuses

Archevêque et imam de Bangui ensemble pour désamorcer les tensions interreligieuses

L’archevêque et l’imam de Bangui poursuivent leur tournée d’une dizaine de jours en Europe pour solliciter l’ aide de l’Union européenne et de l’ONU afin de reconstruire le pays. Ils se rendent à Londres ce week-end après un passage par Paris où Mgr Dieudonné Nzapalainga, et l’imam Omar Kobine Layama ont répondu jeudi 23 janvier aux journalistes lors d'un point presse organisé au Quai d'Orsay juste après une rencontre avec le président François Hollande.

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Archevêque et imam de Bangui ensemble pour la paix.

Alors que la Centrafrique est plongée dans un climat de violences et de tensions interconfessionnelles, l’imam et l’archevêque de Bangui sillonnent l’Europe ensemble pour sensibiliser la communauté internationale au drame qui frappe leur pays. Les centrafricains les plus avertis clament haut et fort que la Centrafrique n’a jamais connu de tensions religieuses avant les affrontements entre les milices anti-Balaka de confession chrétienne et les combattants de l’ancienne Seleka de confession musulmane. La tournée européenne des deux responsables religieux contribue d’une certaine façon à apaiser les tensions en RCA juste après l’élection du successeur de Michel Djotodia à la tête de la transition, Mme Catherine Samba-Panza. Juste avant leur périple européen, l’archevêque et l’imam de Bangui ont parcouru ensemble leur pays pour dresser un état des lieux de la situation et rendre compte à la communauté internationale.
Pour les deux responsables religieux, le pays est entré dans une nouvelle étape qui doit être d’abord débarrassée de toute instrumentalisation de la religion par les deux bords : «cette guerre n’est pas religieuse» a insisté l’imam Omar Kobine Layama. Mgr Dieudonné Nzapalainga a donné pour exemple le cas de ces deux jeunes prêtres qui accueillent depuis plusieurs semaines dans leur église de Bangui les musulmans en danger. Les deux ecclésiastiques sollicitent l’appui d’une force de maintien de la paix des Nations Unies en RCA pour soutenir les troupes françaises et de l’Union africaine. À Paris, ils ont obtenu le soutien du chef de l’État qui pousse depuis des semaines pour que les forces africaines de la Misca soient rapidement transformées en opération de maintien de la paix de l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU doit rédiger « au plus tard » début mars un rapport sur la transformation éventuelle de la Misca en une opération de Casques bleus.

Mme Catherine Samba-Panza, « un espoir pour tous les centrafricains »

Interrogé sur ce qu’ils pensent de leur nouvelle présidente de transition, Catherine Samba-Panza, l’archevêque parle d’espoir, «Nous pensons qu’elle peut rassembler tous les Centrafricains, et qu’elle puisse aussi choisir des hommes, des femmes qui vont l’aider dans cette mission sans tenir compte ni de leur race, ni de leur clan, ni de leur religion. Choisir des hommes qu’il faut à la place qu’il faut: c’est à dire des hommes de mérite, des technocrates de préférence, des gens qui sont à la hauteur des vrais défis qui se posent à nous.» Face à une situation humanitaire et sécuritaire toujours dramatique, selon l’imam, certaines personnes dorment encore dans la brousse et deux campagnes de plantation n’ont pas pu se faire, d’où la crainte d’une famine. Selon des sources humanitaires, sur les 4,6 millions de Centrafricains, un million ont été déplacés par les violences et la moitié de la population est directement touchée par la crise. Sur le plan socio-politique, les deux messagers ont tracé les grandes lignes de la reconstruction du pays en insistant sur la réconciliation nationale, «ça dépend des sujets sur lesquels on doit négocier, si je viens négocier avec vous pour déposer une arme ça vaut la peine, parce que plus vous gardez l’arme plus vous êtes dangereux, il faut faire la part des choses, il y a des choses qu’on peut négocier et il y en a d’autres qu’il faut réguler entre nous pour un mieux vivre ensemble mais il y a des choses non négociables pour les fautes commises, et là on laisse chacun prendre ses responsabilités» martèle l’archevêque. Un message qui devrait certainement être entendu à l’heure où la nouvelle présidente de la transition centrafricaine doit composer son nouveau gouvernement.

Viviane Forson

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