Home Société Algérie : les chaînes privées à la solde du pouvoir ?

Algérie : les chaînes privées à la solde du pouvoir ?

En janvier 2012, alors que plusieurs pays du monde arabe sont secoués par des vagues de contestations populaires depuis un an, le gouvernement algérien, pressé par la rue, autorise les chaînes privées à émettre dans le pays. Deux ans plus tard, ceux qui espéraient l'éclosion d'un printemps audiovisuel ont très vite déchanté, le régime ayant bien des difficultés à se débarrasser de ses vieux réflexes autoritaires.

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(Crédits: Wikimedia Commons)

«La chaîne qui vous enchaîne» c’est ainsi que l’humoriste algérien Fellag qualifiait la télévision publique algérienne (ENTV) pour évoquer avec légèreté, le contrôle de ce média de masse par un régime en quête perpétuelle de légitimité. Elle fut longtemps, la seule et unique source d’informations pour la population avant la libéralisation de la presse écrite à la fin des années 80 et l’apparition de cette fameuse antenne parabolique qui permit aux Algériens de s’ouvrir définitivement vers le monde. Ce bouleversement sans précédent marquait la fin d’une époque où le ministère de la Communication, porte-parole par excellence du pouvoir en place censurait les informations susceptibles de le faire vaciller. Malgré le contexte sécuritaire des années 1990, une partie de la presse indépendante osait même remettre en question l’efficacité de la lutte contre le terrorisme coordonnée alors par l’armée en soupçonnant cette dernière, d’être l’initiatrice de plusieurs massacres de civils en reprenant la triste et désormais célèbre formule du «Qui tue qui?». Paradoxales, sont ces années de braise où malgré la menace terroriste, la presse jouissait d’une certaine liberté de ton alors que le paysage audiovisuel lui, demeurait figé, rappelant sans caricature aucune, le monolithisme télévisuel des anciennes républiques populaires socialistes d’Europe de l’Est alors sous la coupe du grand frère russe. Il aura fallu attendre, l’avènement d’un puissant mouvement de contestations populaires dans le monde arabe, porteur entre autre d’aspirations démocratiques, pour contraindre le pouvoir à engager une véritable révolution dans le secteur de l’audiovisuel. Euphoriques dans un premier temps, les chaînes privées ont très rapidement été forcées de comprendre que cette ouverture audiovisuelle était encadrée par un ministère de la Communication peu enclin à s’attirer les foudres du palais d’El Mouradia.

Une ouverture audiovisuelle sous-contrôle

Adoptée en janvier dernier, la nouvelle loi sur l’audiovisuel algérien, qui autorise pour la première fois la création de chaînes de télévision privées a néanmoins été l’objet de vives critiques de la part de l’opposition. Si la loi, dont l’entrée en vigueur n’interviendra qu’après l’élection présidentielle, met un terme à 52 années de monopole du secteur public, elle limite drastiquement l’ouverture du paysage audiovisuel dans le pays. Seules les chaînes thématiques sont autorisées à émettre même si elles peuvent disposer d’un volume horaire de programmes d’informations. Autre élément important qui révèle que cette ouverture demeure limitée, le droit réservé à l’autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav) d’arrêter l’activité d’une chaîne si elle est accusée d’ «atteinte à l’ordre public». La récente fermeture de la chaîne Atlas juste après la diffusion sur son antenne de la manifestation du mouvement Barakat, hostile au 4e mandat de Bouteflika, témoigne que «l’atteinte à l’ordre public» demeure bel et bien une notion à géométrie très variable et ainsi servir d’alibi au régime pour ne souffrir d’aucune critique même à la télévision.

Avant l’élection présidentielle, on ne comptait plus les chaîne privées qui désormais diffusent des messages de soutien au président sortant La chaîne controversée Ennahar est devenue le fer de lance de cette politique médiatique glorifiant 15 années de règne allant jusqu’à diffuser des messages implicites incitant les électeurs à voter en faveur de Bouteflika afin de préserver l’Algérie d’éventuels tourments. Un zèle médiatique presque devenu commun qui vient ainsi mettre fin à une consolidation démocratique tant espérée dans le secteur audiovisuel.

Malik Acher

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